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Classé Monument Historique (MH)À la limite du Périgord vert, sur les marches du Limousin, le château de Jumilhac-le-Grand, est bâti sur un éperon rocheux dominant d’une cinquantaine de mètres la confluence entre l’Isle et son affluent, le ruisseau du Ruchalait, au sud-ouest du bourg. Jamais châteaux périgourdin n’aura offert une architecture aussi compliquée. Et pourtant, on a affaire ici à une juxtaposition voulue de logis où liberté et fantaisie vont de pair : tours rondes, tours carrées sont reliées par des logis de guingois excluant tout angle droit. Cet ensemble est parcouru d’une courtine défendue par mâchicoulis. Surmontée d’épis de faîtage en plomb, les toitures d’ardoises sont encore plus variées que le bâtiment. Décrits comme « les plus romantiques de France » par Gustave Doré au XIX, les toits, remarquable assemblage de cônes et de pyramides en alternance, s’élancent vers le ciel sur lequel se découpent ces faîtières allégoriques dont les motifs en plomb repoussés soulignent si gracieusement l’effet de symétrie. Deux bâtiments en retour d’angle complétèrent au XVIIe  siècle cette demeure complexe et originale, propriété de maîtres de forges. Sous son aspect féerique, ce château-fort au mobilier Renaissance et Louis XIII cache la demeure d’un alchimiste en quête du Grand Œuvre : Antoine Chapelle, Premier Comte de Jumilhac. (1)


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À la découverte des lieux…

Dominant de sa masse altière et de son profil romantique l’un des versants de la vallée encaissée de l’Isle, le château de Jumilhac a plutôt l’aspect d’une demeure de plaisance, sans enceinte extérieure et sans douves. Si médiocrement armé qu’il soit, il tient pourtant le bourg en respect par ses épaisses murailles érigées avec les moellons de schiste cristallin du pays.

Le porche d’entrée franchi, cet ancien châtelet défendu par des bouches à feu, on découvre les quatre corps de logis et la tour ronde engagée composant le château féodal, élevé du XIIe au XVe  siècle, ainsi que les ailes en retour d’équerre aménagé au XVIIe qui le flanque. De part et d’autre, les ailes hébergent une demeure aux allures classiques des XVIIe et XIXe  siècles.

Bien que l’on puisse déceler des influences de style Renaissance, l’ensemble général de la construction demeure fidèle à l’esprit du gothique à son déclin. Irrégularité du plan, dissemblance des élévations, épaisseur et hauteur des murs, variété et désordre dans les percements, complication et exubérance des toitures : partout, à Jumilhac, se retrouvent ces caractéristiques de l’art à bâtir sous Louis XI et Louis II. Ce style gothique finissant est particulièrement visible dans les toitures d’ardoise qui offrent une incroyable diversité de formes et de volumes plus fantaisistes les uns que les autres. Hérissées de poivrières, de noues compliquées, de pyramides d’échauguettes aux coiffes aiguës et d’épis de faîtage en plomb décorés de figurines humaines et fantaisistes, ce sont ces toitures qui donnent au château son aspect délicieusement romantique. Particulièrement original, ce belvédère appelé « le chapeau du Marquis », à cause de sa ressemblance entre sa calotte sphérique en plaques de schiste brut et le couvre-chef du seigneur du lieu. L’assemblage des charpentes et de leurs fermes, où sont entrés tant d’arbres des forêts avoisinantes, est dans son genre un véritable tour de force. Les pointes, les arêtes des toits sont recouvertes de faîtières de plomb, aux crêtes ajourées comme des dentelles.  (2)

Dans sa robe de granit roux en petit appareil, c’est l’un des châteaux les plus originaux du Périgord. Absolument dépourvu de symétrie, il allonge côté cour une façade composée en gros de deux logis compénétrés par trois tours circulaires, les angles des logis étant ornés d’échauguettes aux souches moulurées. Un chemin de ronde court sur l’ensemble. Mais le morceau de bravoure de cette composition ce sont les toitures d’ardoises bleues : elles se réduisent à des éléments aigus, traités en pavillon, et à quatre poivrières effilées, outre une étrange tourelle, démesurément haute, coiffée d’un bonnet cupuliforme qu’on appelle dans le pays le « chapeau du Marquis ». De belles lucarnes ouvragées et des « houteaux » ornent encore la toiture, ainsi que de pittoresques épis de faîtage en plomb représentant des chevaliers et des marmousets. Côté jardin (un jardin qui surplombe, en terrasse, la gorge profonde où serpente l’Isle) les élévations sont moins originales et moins brillantes mais aussi complexes, et d’ailleurs ennoblies par la juxtaposition avec l’église romane. La cour d’honneur est encadrée de deux ailes parallèles du XVIIe, symétriquement lancées en équerre par rapport au château. Celle du sud conserve des appartements desservis par un escalier monumental. La grand’salle, admirablement lambrissée, garde une curieuse cheminée de bois sculptée de personnages. Les Chapelle de Jumilhac – d’anciens maîtres de forges – ont longtemps tenu le fief. Il appartient actuellement aux de de La Tour du Pin. — Châteaux du Périgord, Jean Secret. (3)

Cette diversité se retrouve également dans les écarts de structure et de volumes des corps de logis habilement juxtaposés, tantôt en saillie, tantôt en retrait, opposant entre elles des surfaces à la fois rugueuses et brillantes. Les deux gros pavillons d’angle en quadrilatères irréguliers sont flanqués de tourelles en encorbellement. Celui de gauche n’en comporte qu’une seule accrochée au sommet d’un épais contrefort qui avance en façade. Celui de droite en compte deux, celle de derrière a une silhouette plus élancée. Aux deux tiers de l’élévation intérieure, une tour hémicylindrique ajoute à la succession des lignes brisées l’imprévu de sa courbe largement débordante. Du côté du jardin au contraire, les faibles ressauts des pavillons et l’obliquité des pans de la façade, l’un par rapport à l’autre, donnent un ensemble beaucoup mieux équilibré, et aussi, plus austère. Sur tout le pourtour, on note un chemin de ronde sur de sobres mâchicoulis percés de canonnières.

À l’intérieur, le château, classé monument historique, a été entièrement remis en état depuis 1928 par les soins du comte de Jumilhac, avec le concours des architectes en chef des Bâtiments de France. Un large escalier d’honneur « à la reine » conduit à un vaste salon parqueté « à la Versailles » et décoré de scènes de chasse attribuées à J.-B. Oudry. Ce salon a également gardé ses lambris, son plafond à la française et sa cheminée monumentale de style Louis XIII, en bois sculptée. (4)

Également intéressante, la salle à manger aux rosaces en pisé, la chambre dite « de la fileuse », aux murs épais, naïvement décorés, le petit salon Louis XV et son cabinet de travail adjacent, ainsi que la cuisine voûtée et sa superbe batterie de cuivres.

Tourelles à l'angle ouest du château de Jumilhac – Tour avec toit en « chapeau de marquis »

Tourelles à l’angle ouest du château de Jumilhac – Tour avec toit en « chapeau de marquis »

Le Château de Jumilhac, la demeure d’un alchimiste

Décrits comme « les plus romantiques de France » par Gustave Doré au XIXe, les toits, remarquable assemblage de cônes et de pyramides en alternance, s’élancent vers le ciel sur lequel se découpent ces faîtières allégoriques dont les motifs en plomb repoussés soulignent si gracieusement l’effet de symétrie. Mais sous son aspect conte de fées, ce château-fort au mobilier Renaissance et Louis XIII cache la demeure d’un alchimiste en quête du Grand Œuvre : Antoine Chapelle, 1er Comte de Jumilhac (1597) ! Les motifs des faîtières comme les détails sous-jacents ou d’autres présents ailleurs retracent pas à pas la genèse de la Pierre Philosophale… Il est aussi le siège d’une légende : La Fileuse, une dame de haut lignage soupçonnée d’amour tendre et enfermée au XVIIe par mari, fort jaloux, le temps d’une guerre… dans une pièce ornée d’énigmatiques fresques murales(1)

La légende « de la Fileuse »

Le château de Jumilhac est le siège d’une légende : la Fileuse, Louise d’Hautefort, fille du marquis d’Hautefort, aimait un jeune et beau seigneur quand elle fut mariée à Antoine de Jumilhac en 1610. Celui-ci fort jaloux, la cloîtrait dans sa chambre avant de partir à la guerre. La jeune fille filait la laine à longueur de journée, avec cette compensation toutefois qu’elle pouvait échanger, grâce à des fuseaux complices, d’amoureux messages avec son galant qui, pour ne pas attirer l’attention des gardiens, s’était fait berger au château. Qu’advint-il de cette douce idylle ? Ici, les versions diffèrent. Les uns disent que l’époux tua son rival un jour qu’il le surprit au pied de la tour ; les autres que le seigneur de Jumilhac, revenu de la guerre, confessa son erreur et se remit avec son épouse, tandis que le soupirant entrait en religion. On n’est pas fixé non plus sur la durée de la réclusion de l’héroïne. Une carte postale illustrée du siècle dernier nous propose une réponse : « Pendant trente ans, la Fileuse fila dans cette chambre sans pouvoir filer. » Un très bel escalier à vis donne accès à la pièce. La lourde porte cloutée, par le judas de laquelle on communiquait avec la prisonnière, s’ouvre sur une chambre à peu près circulaire, voûtée en berceau et éclairée par deux baies allongées, assez profondes d’embrasure et pourvues de banquettes. Après la seconde fenêtre à partir de la droite, est aménagée dans la paroi une cheminée basse, sans manteau. Suivent deux renfoncements, de tracé très irrégulier. L’enduit de la muraille a conservé des fresques naïves racontant une histoire mystérieuse.  (2)

Le site de Jumilhac est un des plus beaux qu’on puisse imaginer, c’est ainsi qu’en inventent les décorateurs d’opéra dans leurs heures d’inspiration(2)

Une brève histoire du Château de Jumilhac

L’origine de cet ancien fief est attestée dès 580 où il est question du « Diocesis Gemiliacensis ». Au XIVe siècle, le château relevait de la châtellenie d’Excideuil. Le château actuel a été bâti, après 1581, sur l’emplacement d’un château-fort très ancien. L’histoire du château vit en effet passer Du Guesclin au cours des guerres anglaises. Les sires de Jumilhac furent vassaux des comtes de Limoges puis des seigneurs d’Excideuil. Pendant plusieurs siècles le fief appartint en indivision à plusieurs familles nobles. Enfin, en 1579, un riche fermier et maître de forges, Antoine Chapelle épousa l’héritière du domaine. Enrichi par le commerce du fer, il put financer les campagnes du futur roi Henri IV. En remerciement, le roi lui rendit visite en son château de Jumilhac et l’anoblit en 1597. Ce nouveau noble fit alors bâtir l’actuel château, à partir d’une forteresse templière des XIIe et XIVe, dont nous savons seulement qu’en 1579, elle avait trois étages laissés à l’abandon.

Aucun document ne permet de dire à qui le nouveau seigneur de Jumilhac confia la tâche de remettre le bâtiment en état. Les travaux effectués à l’intérieur depuis 1600 ont sans doute changé bien des dispositions initiales : il en subsiste pourtant les traces. Mais il est difficile de distinguer le vieux du neuf en raison du matériau employé dans le gros œuvre, des moellons de schiste cristallin du pays.

En 1656, il fut érigé en marquisat ayant haute justice sur la paroisse.

Dans ce pays où la main du Diable éparpilla tant de nobles repaires, le château de Jumilhac est sans doute le plus pittoresque. S’il n’a pas la dolente beauté des ruines, comme Bruzac, L’Herm ou Gurson ; s’il ne brille pas de l’auréole d’un nom, comme Bourdeille, Fénelon ou Montaigne, s’il n’évoque pas, comme Beynac ou Hautefort, des ambitions fastueuses ; au moins présente-t-il, dans son architecture, toute la fantaisie et toute l’exubérance d’un romantisme prématurée. Avec ses tours, ses tourelles en fuseaux, ses haux pignons d’ardoise, ses fenêtres délicates, et le peuple vertigieux de ses girouettes, on le dirait dessiné par Doré pour seconder les aventures de héros de tapisserie et de romans des oiseaux rares dans la volière et quelques peu de mythologie ; je ne sais pas de cadre plus approprié à quelque fête galante, où se rendraient des amazones et des paladins, des maîtres-queux et des bouffons, des joueurs de luth et des Esméraldas… (5)

Classement

  • Le bâtiment est classé Monument Historique : le centre (21 décembre 1922), l’aile droite (20 décembre 1923), l’aile gauche (22 mars 1924) (Référence notice n° PA00082592).

Famille

Ancien fief des Porte, des Bruchard, des Salignac, des Crevant, des Laroche-Aymon et des Chapelle de Jumilhac.


Infos pratiques

Accès – Localisationicon info

  • Carte : IGN 48 – Haut gauche pli A4.
  • Situation : Jumilhac-le-Grand (24630).
  • Coordonnées GPS (degré décimaux) : Longitude 45.493042° N – Latitude 1.059998° E.
  • Google Map : http://goo.gl/maps/BCT7J.

Visites

  • Ouvert aux groupes comme aux individuels toute l’année, sauf Noël et Jour de l’An.
  • Visites nocturnes à la lueur des torches et des bougies.

Services

  • Concerts classiques et pièces de théâtre.
  • Langue parlée autre que français : anglais.
  • Animaux admis sur le site en laisse.

Accessibilité – Confort

  • Point Dépose Minute.
  • Proximité du parking au site : 100 m. Longues distances à parcourir et nombreuses marches ou pentes à négocier.
  • Toilettes séparées homme/femmes.

Plus d’infos sur l’accessibilité et le confort de cette visite en consultant la page Château de Jumilhac sur le site ConfortExplore(4)

Pour en savoir plus…


Notes et sources :

  •  (1) Château de Jumilhac, site officiel : Historique.
  •  (2) Un château de légende, Jumilhac en Périgord, Historique et description, Géraud Lavergne, Virmouneix, Imprimeur-Éditeur, 1978.
  •  (3) Châteaux du Périgord par Jean Secret, Collection Art et Tourisme pour les Nouvelles Éditions Latines Paris.
  •  (4) Dictionnaire des châteaux du Périgord, Guy Penaud, Éditions Sud-Ouest, Bordeaux, 1996.
  •  (5)Jumilhac, dans Lou Bournat, juillet 1912, p. 128.
  • Dictionnaire des châteaux du Périgord, Guy Penaud, Éditions Sud-Ouest, Bordeaux, 1996 (ISBN 287901221X).
  • Wikipedia : Château de Jumilhac.

Crédit Photos :

  • Côté nord-est, le corps principal du château de Jumilhac, Jumilhac-le-Grand, Dordogne, By Père Igor (Own work), via Wikimedia Commons.
  • L’esplanade devant le château de Jumilhac, Jumilhac-le-Grand, Dordogne, By Père Igor (Own work), via Wikimedia Commons.
  • L’église Saint-Pierre-ès-Liens devant le château de Jumilhac, Jumilhac-le-Grand, Dordogne, By Père Igor (Own work), via Wikimedia Commons.
  • Tour avec toit en « chapeau de marquis », château de Jumilhac, Jumilhac-le-Grand, Dordogne, By Père Igor (Own work), via Wikimedia Commons.
  • Tourelles à l’angle ouest du château de Jumilhac, Jumilhac-le-Grand, Dordogne, France, By Père Igor (Own work), via Wikimedia Commons.


Adresse

Adresse:

Château de Jumilhac, Place du Château, 24630 Jumilhac-le-Grand

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